Logo Businux

1.2> Le split-screen : (2/3)

une bande dessinée dans le film ?

Un découpage du cadre.

Le split-screen peut prendre de nombreuses formes. En effet, la juxtaposition d’images dans un même cadre est possible de façons très diverses, dépendantes de la circonstance du split-screen et de son rapport au temps.

Nous allons donc tenter de définir le split-screen en considérant son rapport à la diégèse, c’est à dire le fait qu’il soit inscrit ou non dans le déroulement de l’action, et le rapport de temps de chaque cadre entre eux, c’est à dire la façon dont chacun des sous cadres s’articulent autour des autres dans la continuité temporelle.

Du point de vue de la diégèse, on peut donc distinguer trois types de split-screen :
- Le split-screen provoqué est mis en place dans le plan en décomposant celui-ci en plusieurs espaces dans lesquelles se déroulent des actions différentes. Jacques Tati les utilise énormément dans ses films, découpant l’espace par l’intermédiaire de lignes imaginaires ou par celui d’éléments de l’images (poteaux, baies vitrées, portes...). Ainsi il peut montrer plusieurs actions simultanées à différentes échelles de plans. Dans « The Matrix » (1999), les frères Wachowski utilisent cette figure pour mettre en avant un choix (prendre la pilule bleue ou la rouge). Le visage de Morpheus est en gros plan, et celui de Neo se reflète dans les verres de ses lunettes. Le verre de gauche laisse voir la main droite de Morpheus, avec la pilule rouge, et le verre de droite la main gauche, avec la pilule bleue. Trois images sont ainsi montrées dans le même plan, incluant les deux solutions possibles pour Neo.
- Le split-screen synthétique, qui dépend d’un découpage électronique du cadre en plusieurs parties grâce aux techniques de compositing [1]. On le retrouve dans la scène du casse de « L’Affaire Thomas Crown » (« The Thomas Crown Affair », Norman Jewison, 1968), ainsi que dans la plupart des films de Brian De Palma. Il est là aussi utilisé pour montrer des actions simultanées, par exemple deux personnages en train de se téléphoner.
- Le split-screen synthétique provoqué est aussi possible. Ainsi lorsque Brian De Palma filme plusieurs écrans de vidéosurveillance, dans « Snake Eyes » (1998), il provoque le split-screen, puisqu’il est dans l’espace diégétique, mais le moyen de l’obtenir est synthétique, étant donné que les images sont sûrement tournées à l’avance puis montées sur les écrans de surveillance en simultané.

C’est le split-screen synthétique qui nous intéresse le plus. Ne peut-on voir dans ce découpage un hommage explicite à la bande dessinée ? En effet, comme en bande dessinée, le support unitaire (planche pour la bande dessinée, cadre pour le cinéma) est décomposé en plusieurs parties, séparant des images de valeurs différentes. Ainsi, si l’on effectue un arrêt sur image on obtient une planche de bande dessinée au format du cadre.
Mais ce n’est pas pour autant qu’il faille négliger les autres types de split-screen. Les formes de la bande dessinée sont variées, et on peut retrouver une figure employée en bande dessinée pour chacun d’entre eux.
Ainsi une image n’est pas forcée d’être encadrée et le découpage d’une planche peut être fait par le biais d’élément de décor, ce qui revient au split-screen provoqué, et la bande dessinée peut aussi montrer des écrans de surveillances, reproduisant l’effet du split-screen synthétique provoqué [2].

Le rapport temporel entre chaque cadre du split-screen est bien moins évident à analyser. Son utilisation réfléchie est très rare car il a été peu expérimenté. En général c’est le rapport à la diégèse qui intéresse les utilisateurs de cette figure de style.

La plupart du temps le split-screen sous-entend une simultanéité des actions visibles dans chacun des sous-cadres. Mais il peut aussi mettre en parallèle deux actions temporellement distantes, pour, par exemple, les mettre en relations (même mouvement de personnage, actions similaire, etc...).
On distingue donc plusieurs relations temporelles possibles :
- La simultanéité : C’est le cas le plus classique. Les actions des différents sous-cadres ont lieu au même moment. Les conversations téléphoniques utilisent régulièrement ce procédé, ainsi que les actions mises en parallèle.
- L’écart temporel : Les actions des différents sous-cadres ne correspondent pas au même moment. En générale, il s’agit là de mettre en relation deux événements étant liés de façon diégétique.
- L’absence de relation : C’est le cas le plus rare. Il correspond plus à des expérimentations, visant à forcer la mise en relation de deux évènements. Ainsi deux actions très différentes se retrouvent liées dans le cadre. Le lecteur créer un lien là où il n’y en avait logiquement aucun.
Lorsque plus de deux sous-cadres sont mis en place, les relations temporelles peuvent être des différents types, créant ainsi une combinatoire et des connexions inter-cadres complexes.

Article suivant


[1Le compositing est un découpage électronique de l’image en plusieurs parties. C’est une technique très employée dans le domaine des effets spéciaux, car elle permet d’intégrer une image dans une autre, avec l’aide d’un fond bleu.

[2N’ayant pas trouvé d’exemples dans des bandes dessinées en rapport avec le cinéma, je propose un exemple personnel en annexe.

Commentaires