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1.3> Le story-board (3/3)

ou le film dessiné

De la recherche d’une écriture du temps.

Nous parlerons ici des tentatives d’améliorer le story-board, via la bande dessinée et d’autres techniques graphiques.

De nombreux réalisateurs insatisfaits par ce qu’apportait le story-board, la plupart du temps pour les raisons précédemment citées, ont cherché de nouveaux moyens d’écrire le cinéma.
Le point le plus important, c’est le temps. En effet une histoire ne peut pas se dérouler autrement que dans une certaine durée. Il faut donc simuler le temps. Ceci est déjà fait d’une certaine façon dans un film, car le temps réel y est très rare, les films ayant un temps diégétique égal au temps du récit étant relativement anecdotiques. Il est donc nécessaire d’établir une méthode afin de montrer la durée réelle d’un plan via le story-board.
La plupart du temps le réalisateur se contente d’une durée relative et précise celle-ci en post-production. Pourtant certains d’entre eux apprécieraient de pouvoir écrire leur film de façon ultra-précise et de le faire tourner par un autre. C’est du moins ce que semble penser Hitchcock [1]. Il faudrait donc trouver une nomenclature précise afin de matérialiser cette volonté. Mais comment représenter le temps sur le papier ? Plusieurs solutions ont été envisagées.

Le chronométrage permet d’évaluer de façon précise la durée que doit avoir le plan, à quelques images près. On peut considérer que cette mesure du temps, si elle n’a pas une précision rigoureuse, suffit pour penser le film. Mais entre voir une durée, la vivre d’une certaine façon, et la lire, il y a une grande différence. En effet, le temps étant relatif à la personne qui le subit, et à son état mental, une scène paraissant de la bonne longueur à la première vision pourra sembler trop longue par la suite. Cette méthode, celle qui est la plus utilisée à l’heure actuelle, convient donc si on est près à repenser le temps au montage. Mais le film n’a toujours pas été écrit précisément.

Les méthodes s’inspirant de la bande dessinée ont aussi beaucoup été employées. Bons nombres de story-boarders sont issus du milieu de la bande dessinée, afin d’apporter leur touche créative et leur sens de la reproduction du mouvement sur une image fixe. Ils se permettent donc, lorsqu’on leur en laisse la possibilité, d’utiliser des cadrages dynamiques. Mais, comme on l’a vu, la précision de la mesure du temps est encore inférieure à celle de la méthode précédente. Pourtant l’écriture est plus précise car l’on ressent bien mieux les effets narratifs que dans un story-board aux cadres fixes. Mais le temps de la bande dessinée est subjectif : Chacun le lit à son propre rythme. On obtient donc qu’une approximation de la durée réelle, mais une meilleure perception du temps relatif.

Doit-on comme le suggère Lam Le [2] poser les images sur du papier à musique ? Plus ou moins haute en fonction du ton que l’on recherche, avec pause, silence, images blanches ou noires en fonction de leurs durées... Cette solution peut sembler raisonnable, mais demande un travail de ré-apprentissage et de réécriture des codes de l’image qui parait démesuré lorsque l’on sait toutes les caractéristiques qui composent le cinéma [3].

Une autre solution consiste à prendre une petite caméra, et à faire un pré-tournage, un brouillon de film. Roberto Rodriguez usa de cette méthode pour les repérages des scènes d’actions son film « Desperado » (1989). Mais cela reviens à admettre que seul le cinéma peut écrire le cinéma, que seul le temps peut nous montrer le temps. La bande dessinée, d’une certaine façon, nous montre pourtant le contraire. Mais comme cela a été dit précédemment, ce n’est qu’un temps relatif à notre perception de la planche, et la durée n’est qu’une évaluation imprécise de ce que serait la réalité filmique.

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[1« Hitchcock / Truffaut » cité dans « Story-board : le cinéma dessinée », 1991.

[2Dans un entretien issu de « Story-board : le cinéma dessiné ».

[3La taille d’un fichier vidéo numérique convainc facilement du nombre d’information que peut contenir un film.

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