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1.4> Le style "BD" au cinéma (2/3)

Esthétique du mainstream et des blockbusters.

C’est d’abord un juste retour des choses : Après que la bande dessinée a puisé dans l’esthétique cinématographique, c’est le phénomène inverse qui a désormais lieu. En effet la bande dessinée a développé ses propres outils, se démarquant ainsi du cinéma.
La plupart des personnes s’étant penchées sur le sujet au début des années 90 ne voyaient dans les rapports existant entre la bande dessinée et le cinéma qu’une récupération des figures du cinéma par la bande dessinée, et l’utilisation des univers graphiques de la bande dessinée dans le cinéma. La tendance tend à s’inverser.

Une esthétique commerciale :

Le genre mainstream, littéralement « flux principal », correspond à ce que l’on nomme familièrement le « commercial ». Il renvoie aux plus grosses ventes de bandes dessinées depuis des décennies. La plupart du temps ces comics [1] sont peuplés de super héros en collant multicolores qui sauvent le monde à chaque épisode. Ces bandes dessinées changent régulièrement de dessinateurs et de scénaristes, selon le bon vouloir de l’éditeur, et existent en général depuis plusieurs dizaines d’années. Il en résulte des histoires au passé riche et aux intrigues en gigogne.
Les plus représentatifs de ces comics sont sans aucun doute « Superman » (créé par Joe Shuster et Jerry Siegel en 1963 dans « Action Comics » #1), « Batman » (créé par Bob Kane en 1939 dans « Detective Comics » #27), « X-Men » (créé par Stan Lee et Jack Kirby en 1963) et « Spiderman » (de Stan Lee et Steve Ditko, depuis 1963) [2].
En effet, tous existent depuis des dizaines d’années, sans que les personnages aient extrêmement vieilli, et ont été repris par de nombreux artistes. Ils appartiennent à leurs éditeurs, qui, profitant du succès de ces séries, en ont extrait des spins-off, c’est à dire des titres parallèles utilisant le même univers, voire les mêmes personnages. Rien que pour l’univers « X-Men » on a pu compter des dizaines de titres parallèles en dehors de la série originale « The Uncanny X-Men ». Ainsi « X-Men », « Génération X », « X-Factor », « X-Man », « Cable », « X-Force », « Wolverine », sont des titres utilisant le même univers, dans lequel les personnages peuvent donc se croiser selon le bon vouloir des scénaristes.
C’est en quelque sorte la transposition des séquelles cinématographiques. Le suivi étant une notion établie dans la bande dessinée américaine, il fallait bien trouver un autre moyen de profiter du succès d’un produit.

Une esthétique de l’excès :

Afin d’attirer l’attention du lecteur (en général dans une optique très commerciale), la bande dessinée mainstream privilégie l’excès. Des couleurs très vives et des promesses de jamais vu ornent la couverture et remplissent le fascicule. Les splash-pages sont légions (définition plus loin), et l’action est privilégiée à travers tout le récit.
On rejoint là la logique des blockbusters américains qui, pour faire venir le public dans les salles, promettent des cascades inédites et des effets spéciaux spectaculaires.
C’est une méthode de poudre aux yeux, qui n’empêche pas la qualité de l’œuvre, mais limite les aspirations plus intellectuelles des auteurs [3].
Ainsi le récit évolue lentement, les images prévalant sur l’histoire [4], l’action est omniprésente et les dialogues peu nombreux. Ainsi, pour expliquer l’étonnante longévité de personnage comme « Spiderman », qui était adolescent dans les années 70 et qui a tous juste la trentaine en l’an 2000, il a été déterminé qu’il fallait sept années réelles pour qu’une seule se passe dans la bande dessinée. Le personnage reste ainsi une icône quasi inaltérable, évoluant avec ses lecteurs. Au cinéma le problème ne se pose pas de la même façon, car le suivi est moindre, et que les acteurs vieillissent. De plus la production d’un film demande bien plus que le mois nécessaire à la réalisation d’un comic de 22 pages.
Mais la logique narrative est soumise aux même contraintes, faire rêver le lecteur par l’image et l’action, sans lui demander aucun effort de réflexion. Pour plaire à un maximum de personnes, l’histoire doit être compréhensible par la majorité.

Une composition picturale plus libre :

Malgré des effets négatifs, cette optique commerciale pousse aussi à une certaine créativité graphique. Les compositions picturales sont plus libres. En effet les dessinateurs comme les réalisateurs doivent s’efforcer de toujours impressionner le spectateur. Ce dernier s’habituant aux techniques devenues classiques, l’artiste se voit dans l’obligation d’inventer de nouveaux procédés tape-à-l’œil.
Les cases sont bouleversées, posées dans tous les sens, et la recherche d’inspiration picturale s’élargit.

Ultimate X-Men 1

Ainsi dans « Ultimate X-Men » #1, Adam Kubert (sur un scénario de Mark Millar, février 2001) se permet de sortir des sentiers battus et propose des pages non encrées, les crayonnés étant directement colorisés, afin de mettre en valeur flash-back, images de télévision, et projections mentales. La technique dite de couleur directe [5] est de la même façon bien plus employée, afin de mettre en évidence le coté réaliste de certaines histoires.
Les blockbusters suivent la même logique, s’inspirant des chorégraphies du cinéma de Hong Kong pour donner une nouvelle jeunesse au cinéma d’action. Les chorégraphies sur câble [6] deviennent monnaie courante, comme on peut le voir dans « The Matrix » ou « Lara Croft : Tomb Raider » (Simon West, 2001).
L’important étant de surprendre le lecteur, tous les moyens sont bons, et cela peut être un formidable moteur de recherche picturale, même si la plupart du temps le mainstream et les blockbusters se contentent de reprendre des formes développées dans d’autres domaines, tels la publicité, les arts modernes, et les milieux expérimentaux.

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[1Comics : bandes dessinées américaines, généralement publiées sur du papier de mauvaise qualité au format 17x26 cm.

[2Tous ces comics ont eu droit à une adaptation cinéma récente, sauf Superman, mais cela ne saurais tarder

[3De nombreux auteurs de comics travaillent un temps sur des titres mainstream avant de créer des titres plus confidentiels grâce à la notoriété ainsi gagnée.

[4Les difficultés commerciales du comic-book ont tous de même contribué à un renouveau de l’intérêt pour le scénariste, alors que jusqu’à la fin des années 90 un titre pouvait fonctionner uniquement grâce à la notoriété du dessinateur.

[5En BD, la plupart du temps la planche et d’abord crayonnée, puis encrée, et enfin colorisée. Chaque étapes pouvant être effectuée par une personne différente (c’est très souvent le cas dans les comics). La mise en couleur directe consiste à peindre directement sur la planche, ce qui créé une cohérence uniquement altérée par le lettrage.

[6Les câbles sont utilisés pour soulever l’acteur, créant ainsi des déplacement surréalistes et fluides. La plupart du temps les câbles sont ensuite gommés numériquement.

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