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1.5> L’anime-comic (2/2)

le film mis en cases

Une pratique de la traduction.

L’anime-comic est l’adaptation littérale du film dont il est issu. C’est sans doute la meilleure adaptation possible, car elle se colle au langage de la bande dessinée tout en conservant l’image originelle. Ensuite tout dépend de l’adaptateur, car c’est à lui de faire le choix de chaque image et de son nouveau cadre, du moins s’il fait l’effort d’en choisir un nouveau.

C’est donc un travail de traduction. Bande dessinée et cinéma sont deux langages différents ayant les mêmes bases. C’est un peu comme mettre en relation deux langues latines : leurs structures sont proches, mais leurs vocabulaires sont différents. L’adaptateur doit donc maîtriser deux langages : il lui faut assimiler le cinéma, et le transcrire en bande dessinée.
Mais certains termes existent dans une langue et pas dans l’autre. Ainsi il se voit dans l’obligation, non plus de traduire mais d’adapter : utiliser le vocabulaire d’un langage pour faire ressortir une impression, un effet issu du vocabulaire personnel et intraduisible de l’autre langage.
On le voit dans cet extrait de l’anime-comic de « Porco Rosso » (« Kurenai no buta », Hayao Miyazaki, 1992) : Le traducteur a transformé les travellings d’accompagnement en bandes découpés en trois ou quatre cases. Les séparations obliques entre les cases restituent un semblant de mouvement à l’avion, et la continuité du décor sur chaque bande met en valeur le mouvement de la caméra.

Malheureusement la qualité de la traduction n’est pas universelle, et dépend de la sensibilité de l’adaptateur. S’il ne comprend pas le film qu’il met en page, la traduction sera médiocre. Et c’est par malheur souvent le cas, l’adaptateur ne faisant ce travail que par pur intérêt alimentaire, car il ne peut espérer aucune reconnaissance de son travail, celui ci n’étant que le développement d’une œuvre préexistante.
Ainsi il arrive régulièrement que l’adaptateur ne prenne pas la peine d’effectuer de recadrage. Il se contente de mettre plusieurs images du film sur la même planche, en conservant le cadre originel. Il rajoute phylactères, onomatopées, et, la plupart du temps, un commentaire sous l’image. L’œuvre n’est pas trahie, elle se trahit elle-même ; le passage d’un médium à l’autre demande un effort de traduction que l’on ne retrouve que rarement.

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