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1.6> Animation et BD (3/3)

Conséquences.

La principale conséquence de cet amalgame est un cloisonnement des genres. On adapte les bandes dessinées comiques en séries animés pour enfant (qui deviendront un long métrage en cas de succès), et les séries plus sérieuses en film live, c’est à dire avec acteurs de chair et de sang.
La forme sérielle correspond d’ailleurs très bien à l’adaptation de la bande dessinée, qui suit la plupart du temps un découpage en plusieurs volumes ; et l’animation permet de ne pas trahir graphiquement les personnages (même si le Papyrus animé ne ressemble en rien au Papyrus figé des albums originaux).
De plus les histoires infantiles se prêtent plus aisément à un style simplifié, car celui-ci facilite l’identification, comme le montre Scott McCloud en se basant sur les travaux de Marshall McLuhan [1].

Jusqu’ici, la plupart des bandes dessinées adaptées en film live étaient anecdotiques et n’utilisaient leur référent que comme source d’inspiration. Ainsi les « Men in Black » (Barry Sonnenfeld, 1997) du film ont été entièrement repensés pour le cinéma, et « Blade » (Stephen Norrington, 1998) est inspiré par un personnage secondaire du comic « Tomb of Dracula ». De cette façon il y a peu de chance de trahir les rares fans. Si le scénario et les personnages du film sont parfois très proches de leurs référents dessinées, c’est souvent l’univers graphique qui est trahi, la plupart du temps par manque de moyen technique (« Barbarella », Roger Vadim, 1968). Une adaptation d’une oeuvre peu connu s’arrange généralement pour faire oublier ses origines, afin d’éviter les préjugés concernant la bande dessinée, ce qui est totalement compréhensible d’un point de vue commercial.

Pourquoi choisir une adaptation animée plutôt que live ?
C’est surtout dû aux contraintes publicitaires. Un dessin-animé ne se vend pas à des adultes, même si, grâce à la virtuosité de certaines œuvres asiatiques, le public commence à se détacher de ses préjugés. Mais un film issu d’une bande dessinée inquiète le spectateur sur la qualité probable du produit. « C’est pour les enfants ! » pense-t-on des bandes dessinées, et forcément des films qui en sont issues.
Heureusement l’animation prend maintenant des marques indéniables de reconnaissance, la présence de « Shrek » (Andrew Adamson et Vicky Jenson, 2001) dans la sélection officielle du festival de Cannes 2001 en est une, et l’on ressort des cartons des vieux films passés inaperçus lors de leur sorti discrète en France. Ainsi « Mon voisin Totoro » (« Tonari no Totoro », Hayao Miyazaki, 1989) a été préalablement diffusé sur Canal Plus, avant que Jean-Pierre Dionet [2] ne convainque la chaîne privée de le distribuer en salle. Même si l’importance qualitative de l’animation est encore loin de surpasser aux yeux du public celle du film live, elle possède un potentiel non moindre que certaines œuvres ont su exploiter pleinement.

La bande dessinée sera donc encore longtemps adaptée en live, même si ce n’est pas forcément le support le plus approprié à des univers graphiques riches et colorés. Ainsi, les costumes des X-Men ont perdu leur bleu et or en devenant réels, sombres, noirs.

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[1Dans « Pour comprendre les médias » (1977).

[2Jean-Pierre Dionnet est également scénariste de BD, et l’ancien rédacteur en chef du magazine Métal Hurlant.

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