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2.1> Définitions

Art séquenquoi ?

L’expression d’art séquentiel a été créée et définie par Will Eisner dans son livre « La bande dessinée, art séquentiel » (1985).

Cet ouvrage a pour but de mettre en valeur les mécanismes inconscients de l’écriture de la bande dessinée afin de donner des outils d’écritures aux futurs auteurs. Par ce biais il devient aussi un vecteur de concepts apte à permettre une analyse d’un art qui est la plupart du temps considéré comme trop populaire pour être intellectualisé.
Dans son avant propos, Eisner défini l’art séquentiel ainsi : « L’art séquentiel allie mots et images dans le but de raconter une histoire ou de dramatiser une idée. Il est à la fois un moyen d’expression créatif, une discipline distincte, un art et une forme littéraire ».

Cette définition semble rejeter le cinéma en s’appuyant sur l’expression « forme littéraire ». En effet, le cinéma est totalement antithétique de la littérature en raison de son aspect imagé. De plus Eisner sépare l’art séquentiel du cinéma en précisant que « il est intéressant de noter que l’art séquentiel n’a été que récemment reconnu comme discipline parallèle à l’industrie cinématographique, alors qu’il en est un véritable précurseur. » L’art séquentiel serait donc antérieur au cinéma et ne l’inclurait pas en raison de son parcours parallèle. Pourtant cette antériorité présuppose un lien ténu entre le 7ème et le 9ème art, car il semble évident que le développement de ceux-ci n’est pas dénué d’échanges.

Scott McCloud, dans « l’art invisible » (1993) part de l’expression d’Eisner pour définir la bande dessinée. En effet, il juge trop peu restrictive cette définition. Il fait référence au dessin-animé, pour l’exclure du cadre de sa définition, mais semble vouloir parler du cinéma en général. En effet il explique que « avant d’être projeté, un film n’est qu’une très très très très lente BD ! ». Le mot « film » est généralement employé pour prendre en compte aussi bien le cinéma live que le cinéma d’animation [1]. De plus cette définition du film englobe toutes les formes structurales que celui ci peut prendre, qu’elles soient narratives ou non.

La différence entre les deux médias est donc surtout mise en avant par le support du médium, « l’espace est à la bande dessinée ce que le temps est au cinéma ». En bande dessinée chaque case à une situation spatiale, tandis qu’en cinéma c’est la place temporelle qui prime, car la projection se fait sur un support fixe ou chaque image est égale aux autres.

Le cinéma rentre donc dans la définition large de l’art séquentiel. C’est une juxtaposition d’image en séquence. La différence se fait donc par rapport au support de cet art. Le cinéma est un art séquentiel dans le temps, la bande dessinée est un art séquentiel dans l’espace.

Ainsi je considère au même niveau les représentations du réel reproduites par des moyens techniques (cinéma et photo) et les retranscriptions de la réalité (dessin, peinture,...). Ce sont en effet des translations de la réalité sur un autre support, sujettes à une interprétation en fonction des conditions et des choix de reproductions. Une photo est toujours une représentation subjective de la réalité effectuée par un photographe. En déterminant un angle de prise de vue, une obturation et un objectif, il connote le résultat futur. De plus, le développement augmente encore le nombre de variables, et donc de choix propre au photographe. Les choix du photographe correspondent au style du dessinateur.

Cinéma et bande dessinée peuvent donc être considéré de la même façon dans le cadre du concept d’art séquentiel, mais pour bien définir celui ci, nous utiliserons la définition de Scott McCloud de la bande dessinée en l’élargissant afin d’inclure le cinéma [2].

Art séquentiel : Images volontairement juxtaposées en séquences, destinées à transmettre des informations et/ou provoquer une réaction esthétique chez le lecteur [3].

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[1Il désigne d’ailleurs le support pellicule, mais nous élargirons ce terme à la vidéo pour des raisons d’apparenté évidente.

[2Le texte est aussi inclus, car chaque lettre peut être considérer comme une image. Une phrase écrite est donc une séquence au même titre qu’un film ou une bande dessinée. (« L’art invisible : comprendre la bande dessinée » page 8)

[3On considère ici que le spectateur d’un film en est aussi le lecteur.

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