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2.2> Juxtaposition d’images (3/3)

Le montage.

Il y a donc en bande dessinée comme au cinéma un montage correspondant à la juxtaposition d’éléments différents. Le montage est donc le principal acteur grammatical de l’art séquentiel.

En bande dessinée on parle de montage de la planche. Les effets sont induits par la forme, la position, et le contenu de chaque case par rapport aux autres. Toutes les techniques classiques longuement développées dans le cinéma sont donc retrouvables, par adaptation, en bande dessinée. « La BD ne copie pas le cinéma : matériellement, elle ne le pourrais pas ; mais elle s’inspire de ses techniques, comme le cinéma s’inspirait de la photographie et de la peinture. De toute évidence, la BD recrée souvent des effets cinématographiques » [1]. L’effet Koulechov, les champs / contre-champs, les raccords d’axes, sont donc utilisés en bande dessinée, mais avec moins de contraintes.
En effet, comme c’est le lecteur qui créé le temps de la bande dessinée, une foultitude de petits évènements a pu avoir lieu entre deux cases. De plus le hors champ n’étant presque pas sous-entendu, alors qu’il reste dans la dimension sonore du film, il n’est pas nécessaire de représenter les éléments non nécessaires au récit. Le lecteur complète ce que le dessinateur a oublié. Ainsi un personnage faisant de la figuration, immobile sur une case, devra bouger au cinéma, avoir un comportement, une attitude, que l’on doit retrouver de façon logique dans le plan suivant [2]. Même si certains détails restent important en bande dessinée, pour éviter les pinaillages [3] des lecteurs, le raccord nécessite moins d’attention. Ainsi le décor peut ne pas être représenté. Au mieux il sera flou dans un film, nécessitant donc tout de même un effort de cohérence vis-à-vis des images passées ou à venir dans ce décor.

La bande dessinée est donc moins rigoureuse dans son montage, et offre plus de possibilités que le cinéma.

Au cinéma un plan peut être définit par trois variables :
- Les plans précédents et suivants (rapports d’axe, de mouvement, de sens,...).
- Le type de transition (cuts, fondus enchaînés,...).
- Le rapport son / image (audios splits, cuts, transitions musicales,...).

En bande dessinée, il en existe cinq :
- La position sur la page.
- La taille et la forme du cadre.
- Les cadres précédent et suivant.
- Le type de transition.
- Le rapport texte / image.

Plus les rapports avec les plans périphériques peuvent être complexes, plus le montage sera complexe, car impliquant un plus grand nombre de variables, donc de choix. La bande dessinée possède donc une richesse de montage supérieure à celle du cinéma, car elle prend en compte un plus grand nombre de dimensions.
Cela ne signifie pas que la bande dessinée est supérieure au cinéma en ce qui concerne le montage, mais simplement qu’elle offre des possibilités plus riches dans ce domaine. Le cinéma se démarque d’ailleurs de la bande dessinée par son rapport au son qui peut être considéré comme largement supérieur au rapport de la bande dessinée au texte [4].

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[1Manuel Kolp : « Le langage cinématographique en bande dessinée » (1992). La façon dont la bande dessinée reproduit les figures cinématographiques est le propos de cet ouvrage.

[2Du moins dans le cinéma classique narratif représentatif.

[3De nombreux sites Internet répertorient les erreurs commises par les dessinateurs, entre autres bodoi.com.

[4On peut tout de même noter que certains auteurs (Dave McKean, David Mack,...) s’inspirent énormément des expériences surréalistes de collages de textes pour composer des planches où textes et images sont mêlés de façon symbiotique. Mais dans ce cas le texte prend une valeur graphique qui n’est pas comparable au rôle du son, à la fois dépendant et indépendant de l’image.

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