Logo Businux

2.3> Images fixes, images en mouvement (2/3)

Cadre statique et cadre dynamique.

Le choix du cadre conditionne la lecture que l’on aura d’une bande dessinée. Sa forme n’étant pas dépendante d’un support de projection, il peut être aussi bien rectangulaire ou en parallélogramme, que circulaire, voire non défini.

Le cadre cinématographique, s’il semble fixe, peut pourtant faire preuve de dynamisme par l’usage de procédés de découpes internes. Ainsi, il arrive souvent que l’image soit allongée par des éléments sombres sur les bords supérieurs et inférieurs. Ce qui fait le cadre c’est ce qui est lisible dans l’image. Ainsi des contours flous peuvent recadrer l’image afin de la rendre plus énergique. On peut ainsi obtenir des semblants de cinémascope dans un cadre au format 3/4. C’est ce que l’on peut voir à la télévision lors de la diffusion d’un film en cinémascope. Mais dans ce cas la découpe a lieu sur toute la durée du film. Le phénomène que nous essayons de révéler ici prend en comptes des changements de formes du cadre à l’intérieur du même film. Ce n’est pas une bande noire ajoutée en bas de l’image qui produit l’effet, mais une bande noire à l’intérieur de l’image, dans l’espace diégétique, dans le champ.
Dans « The Matrix », lorsque les héros du film s’enfuient par un conduit étroit, celui ci est montré en plan large, les cotés gauches et droits de l’image étant dans l’obscurité. Ici l’image est donc limitée au visible, c’est à dire le conduit. Le cadre prend donc une valeur plus haute que large, ce qui accentue l’étroitesse du lieu où se déplacent les protagonistes

Ce phénomène est courant dans la bande dessinée, du moins la bande dessinée récente fortement inspirée des mangas et des comics. Mais à une nuance près.
Ici le cadre change littéralement de forme afin de soutenir le dessin, il fait partie du dessin, pouvant avoir une forme différente. Ainsi un cadre de bande dessinée peut être dessiné de façon représentative, c’est à dire en ne se limitant pas aux bandes blanches classiques. Il acquiert alors une valeur supplémentaire, ayant plus de sens que l’habituelle symbolique séparatrice. Le cadre devient une partie intégrante de l’image, il n’est plus son limitant. Qu’il soit représentatif ou abstrait, linéaire ou texturé, le cadre de bande dessinée a des valeurs potentielles plus variées que le cadre de cinéma, ce dernier étant imposé par le médium.

Ainsi dans « Generation X » #28 (juin 1997) Chris Bachalo utilise un cadre fait de tuyauterie afin de mettre en valeur l’ambiance maritime de l’histoire de Scott Lobdell.

Generation X 28

L’effet dynamique pose une atmosphère et situe le lieu de l’action. Un cadre non graphique aurait demandé plus de détails dans les décors afin d’établir de façon plus claire la situation des personnages.

Bien utilisé, ce type d’effet met en valeur le mouvement et l’ambiance d’une action. On peut le rapprocher du décadrage, qui simule la plupart du temps une ambiance de mystère, de perte des repères. Si cette perte est claire au cinéma, ou le cadre est par essence immuable, et donc dont l’éloignement provoque un fort impact à la fois visuel et narratif, en bande dessinée on assiste souvent à une combinaison des effets dans un but purement dynamique, afin de diriger le regard d’une case à l’autre. La lecture est alors simplifiée, ce qui ne signifie pas forcément qu’il en soit de même pour la compréhension.
On peut donc déterminer deux types de décadrages.
Le premier est représenté aussi bien dans le cinéma que dans la bande dessinée de façon naturelle. Il s’agit de ce que l’on appellera un décadrage interne : C’est lorsque l’axe de prise de vue est oblique par rapport à l’horizon.
Cette image de « Batman : Year One » (dessin : David Mazzuchelli ; scénario : Frank Miller ; 1998) fait la moitié de la page.

Batman : Year One

Sa taille ainsi que le décadrage mettent en valeur le mouvement de chute de Batman, dynamisé par la trajectoire des décombres.
Lorsque, dans « The Matrix », Neo se fait réprimander par son patron, l’axe de la caméra suit une oblique descendante par la droite, afin de mettre en valeur la position sociale instable du héros.

Le second correspond à une technique de base de la bande dessinée, et ne se retrouve dans le cinéma que de façon artificielle (voir plus haut) : c’est la mise en oblique du cadre lui-même par rapport à la prise de vue. On le nommera décadrage externe.
Dans le manga « Nausicaä », prépublié à partir de 1982 dans le mensuel « animage », Hayao Miyazaki utilise cette technique dès qu’il doit représenter une action. Pour les scènes de dialogues et de calme il préfère un découpage plus classique.

Nausicaä

Ici, on peut voir Nausicaä dans un médaillon décadré qui met en valeur sa peur et son mouvement. Le contour du médaillon défini aussi celui de la case adjacente, mais il sert dans ce cas à mettre en évidence le mouvement de chute de l’avion. On notera que Hayao Miyazaki combine avec ces effets de décadrage externe des effets de décadrage interne.

Article suivant

Commentaires