Warning: file_get_contents(/proc/loadavg): failed to open stream: Permission denied in /web/jeuxdepied/www/config/ecran_securite.php on line 379
Jeux de Pied, le site de One Eye Pied
Logo Businux

2.4> Lectures dirigées et imposées (2/3)

Le temps de lecture.

De ces considérations ressortent plusieurs conséquences :

Le cinéma est un art du temps, on ne peut le suivre que dans un seul sens. Tous les effets internes au film n’y changent rien, le temps suit son cours inaltérable. Flash-back et flash-forward ne sont que des effets formels, fonctionnant dans le référentiel diégétique. Dans la réalité, le film dure le temps de déroulement de la bobine, ni plus ni moins, sans considérer de quelconques effets.
La bande dessinée est un art de l’espace, on peut se déplacer à volonté sur les pages et les cases, dans un chaos total. Les bandes dessinées en ligne (sur Internet) de Scott McCloud, tous comme les bandes dessinées croisées de Trondheim et comparses [1], démontrent que l’on peut utiliser cette espace pour proposer une lecture interactive multidirectionnelle. Les œuvres de Marc-Antoine Matthieu (dont « L’origine », 1990), en jouant sur des relations entre les cases et les planches, utilisant des techniques nouvelles de flash-back, flash-forward et mise en abîme entre aussi dans cette catégorie.

Mais la bande dessinée est limitée à son support, et doit donc respecter certaines règles de constructions pour diriger au mieux la lecture du spectateur. Quel que soit le potentiel de celui-ci, il est limitatif. On doit suivre la lecture dans un ordre donné, afin de comprendre le déroulement narratif. C’est à la fois une question de formation et d’habitudes de lecture, dépendant en plus du talent du narrateur pour nous amener d’une case à une autre.
Le cinéma s’impose au spectateur, l’emprisonnant entre les quatre angles de son cadre et suivant son cours inexorablement. Il est impossible d’en sortir. Si on ferme les yeux, le film continue sans nous. On n’arrête pas un film en marche. Le spectateur n’a pas d’autre choix que de suivre la lecture qui lui est imposée. Le talent du narrateur est alors de capter l’attention du spectateur afin que celui-ci ne quitte pas la salle.
Le temps du spectateur est donc le temps du film, avec une influence subjective selon que celui ci ennuie ou intéresse. On rentre là dans le débat de la relativité du temps, mais le film garde quoi qu’il arrive la même durée réelle.

En bande dessinée la durée d’une case dépend de la sensibilité du lecteur. Nous l’avons vu, le dessinateur peut tenter de manipuler la lecture afin de donner une durée relative à chaque case. Ainsi il sait comment faire durer une case et comment la rendre courte, grâce au jeu du cadre par rapport à l’image et à la planche, et par l’emploi du texte. Ainsi, « la disposition d’une image dans une case agit comme un catalyseur. La fusion des symboles, des images et des bulles crée une formulation. Avec certains cadrages, il arrive même que le contour de la case soit éliminé sans que la narration en soit affectée. L’acte d’encadrer sépare les scènes et donne à la narration sa ponctuation. Une fois définies et agencées en séquences, les cases deviennent le critère par lequel on jugera l’illusion de l’écoulement du temps. » [2]
La subjectivité du spectateur rentre toujours en ligne de compte, mais son influence est bien plus importante que dans le 7ème art, car c’est le lecteur qui décide finalement du moment où il doit regarder la case suivante ou tourner la page.

Article suivant


[1Travail dans le cadre de l’OuBaPo, publié de façon anecdotique dans Spirou Magazine.

[2Will Eisner in « La bande dessinée, art séquentiel », 1985.

Commentaires