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2.5> Les espaces interstitiels (1/4)

Problématique.

La bande dessinée comme le cinéma sont des arts séquentiels, dépendant d’une succession d’images (fixes en bande dessinée, en mouvement au cinéma). L’étude comparative de ces deux médias permet de dégager de nombreux points communs dans l’organisation narrative.
Ainsi la bande dessinée est découpée en cases, planches et séquences, tandis que le film est découpé en plans et en séquences.
Le rapport entre un plan et une case est évident, cette dernière correspondant (dans le cas idéal) au moment d’intensité maximum d’un plan, l’instant prégnant.

La relation entre les séquences des deux médias ne mérite aucune explication, si le terme est identique, c’est pour désigner exactement la même chose, c’est à dire un passage narratif correspondant à une action ou à un lieu précis, suivant les règles d’unités du théâtre classique. C’est la seule unité entièrement commune à la bande dessinée et au cinéma. Sans doute est-ce dû à la largesse de cette appellation, qui peut tout aussi bien regrouper un ensemble de diverses sous-unités, ou être égale à une seule unité. La durée ou l’espace de la séquence est donc très variable.
Mais la planche est une unité propre à la bande dessinée inhérente au support papier (même si l’unité est parfois double dans le cas des doubles-planches). En effet, la bande dessinée ne se référant pas directement au temps, mais à l’espace, il est normal que la contrainte spatiale se retrouve de façon unitaire. La contrainte temporelle ne possède en effet aucun caractère d’unité. Le temps s’écoule constamment dans un espace prédéfini au cinéma, l’espace de la bande dessinée, pour des commodités de lecture se doit d’être divisé.

La question est ici de savoir ce qui ce passe entre deux cases, et entre deux plans.
En bande dessinée, c’est le lecteur qui imagine les images manquantes, ce qui fait que la plupart des lecteurs de bandes dessinées se remémorent celles-ci comme des films et non comme une succession de dessins, du moins pour ce qui est des œuvres narratives.
En film, on pourrait croire qu’entre deux plans il n’y a rien, que le temps est continu. Mais un monteur pourra vous dire que pour qu’un raccord soit bon, il faut rajouter ou enlever du temps, l’esprit fait le reste. De plus nous savons qu’il existe un interstice toutes les 24 images. Le temps réel est exceptionnel au cinéma.

Ce sont les interstices qui vont nous intéresser : que se passe-t-il entre deux plans, entre deux cases ? Comment la bande dessinée et le cinéma se sont-ils mutuellement enrichis dans la recherche d’une ellipse parfaite, invisible ?

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