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2.5> Les espaces interstitiels (3/4)

L’effet Phi :

Persistance rétinienne et cérébrale.

La persistance rétinienne est un des phénomènes optiques qui permettent la lecture du cinéma. On l’a vu, le film est composé d’une succession rapide d’images. L’œil interprète cette succession comme une continuité, car l’information de l’image, reste sur la rétine un certain temps, celui qu’il faut à celle ci pour être transmise au cerveau et interprétée.

Mais l’impression de linéarité dépend d’un autre phénomène moins connu appelé effet phi. Celui ci est dépendant de la persistance rétinienne, mais cette dernière ne suffit pas à donner l’illusion du mouvement
Une continuité est donc créée, les images semblant se succéder sans à coup, se remplaçant les unes les autres à un rythme suffisant pour qu’il se rapproche de la vitesse de perception humaine.
Ce phénomène est décris sur le site Moonlight Whispers [1], dans le résumé d’un cours d’histoire de l’animation, de la façon suivante :
« Nous parlons du phénomène de phi (ou effet phi) lorsque nous associons une image à une autre sans que celles-ci ne soient superposées (deux dessins un à côté de l’autre) ; elle donne l’illusion du mouvement et de continuité dans les images.
« La persistance rétinienne (ou persistance de la vision) est une caractéristique de la vue qui permet au cerveau de retenir une image pendant un certain moment (ici, environ 1/5 de seconde, c’est très peu mais suffisant !) même si l’image n’est plus dans notre champ de vision.
« Associez les deux et vous avez une base parfaite pour permettrent les gens d’apprécier le cinéma d’animation ! » [2]

Pourtant dans esthétique du film [3], il est dit que « il ne faut pas confondre l’effet phi avec la persistance rétinienne. Le premier tient au comblement mental d’un écart réel, quand la seconde est due à la relative inertie des cellules de la rétine qui gardent, pendant un court temps, trace d’une impression lumineuse (...).
« La persistance rétinienne ne joue pratiquement aucun rôle dans la perception cinématographique, contrairement à ce que l’on a souvent affirmé. »
Cela va à l’encontre des théories précédentes. Il semble malgré tout que sans la persistance rétinienne l’effet phi ne puisse être validé. L’effet phi fait le lien entre deux images, il ne comble pas un vide. C’est la persistance rétinienne qui remplis le noir. En effet, malgré l’effet phi les films en huit images par seconde apparaissent comme saccadés, les images ne restant pas assez longtemps fixées sur la rétine pour éviter le passage au noir.

On retrouve l’illusion du cinéma dans la bande dessinée à travers la perception du lecteur. En effet il est très difficile pour un lecteur de bande dessinée de ce souvenir de sa lecture comme de quelque chose de statique. Un phénomène parallèle à la persistance rétinienne s’opère : le lecteur crée mentalement les images entre les interstices, remplissant la gouttière ; Il rapproche ce remplissage du phénomène d’apprentissage de la perception : lorsqu’une mère ce cache derrière quelque chose, l’enfant pense qu’elle n’est plus là. Il apprend rapidement que même s’il ne voit pas sa mère elle est toujours présente.

Le phénomène que je nommerais la persistance cérébrale, consiste à imaginer la personne cachée, à la place où elle est censée être. La gouttière correspond au moment où la mère est cachée. On la devine, on l’imagine, mais on ne la voie pas. L’esprit comble le vide de l’absence en devinant ce qu’il y a entre deux présences.

Ce phénomène peut être rapproché de l’effet phi, mais il est beaucoup plus dépendant de l’imagination et de l’expérience du lecteur.
Pour Will Eisner la lecture de la bande dessinée est possible à travers les expériences sensitives et perceptives communes au lecteur et à l’auteur. Cela inclus la connaissance du temps (en combien de temps telle action s’effectue-t-elle), de l’anatomie (tel visage suppose telle corpulence), de l’espace (tel objet fait telle taille), et de tous phénomènes perceptibles. L’interprétation de l’interstice dépend de ces connaissances. Ainsi une action et un moment auront-ils lieu selon la perception du lecteur. A l’auteur de se rapprocher d’une certaine universalité pour mieux diriger son public, être compris de tous.

Si les phénomènes de lecture de la bande dessinée et du cinéma s’éloignent donc logiquement par leurs divergences de fonctionnement, ils ont quand même un point commun, c’est de mettre au travail l’imagination du spectateur. Il est vrai que cela n’est réel qu’entre les coupes pour ce qui est du cinéma, mais, rappelons-le, si le passage d’une image à l’autre est intéressant d’un point de vue théorique, il est totalement invisible en pratique, du moins en dehors des coupes.

L’ellipse est donc essentielle au bon déroulement d’une bande dessinée comme au bon déroulement d’un film, car elle est génératrice de sens par l’intermédiaire de l’effet phi, dans les deux arts séquentiels que nous étudions. Elle paraît donc comme un élément fondateur de la narration séquentielle.

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[1On trouve aussi de superbes illustrations et un article sympa sur les bases de l’animation.

[2Le lien est fait avec le cinéma d’animation, car dans ce domaine le phénomène optique est la base même du travail de réalisation, tandis qu’en cinéma l’animation est le résultat d’un report optique entièrement automatisé.

[3Page 106.

Commentaires

  • 2.5> Les espaces interstitiels (3/4)
    13 mars 2008, par freddow

    bonjour

    ah cette persistance rétinienne et l’effet phi je n’arrive pas à faire la différence ! à les dissocier.j’aimerais avoir une explication avec des mots simples !!! J’ai l’impression d’avoir compris que la PR n’est pas à l’origine du mouvement au cinéma mais que la projection cinéma a était adaptée pour se servir de la PR et que l’effet phi représente le mouvement proprement dit mais avec des limites qui sans la PR donneraient des mouvements saccadés si il n’y avait pas l’obturation du projecteur ...
    à bientôt et merci de votre réponse